17.9.26

Maoussi: Black & White, quand l’amour sort de sa cage


Maoussi commence avec une danseuse, un réfugié congolais, un appartement parisien et — parce que deux êtres humains et leurs bagages émotionnels ne suffisaient manifestement pas — une petite souris blanche en fuite.

Que pourrait-il bien arriver ?

Eh bien, beaucoup de choses. Et c’est précisément ce qui fait tout le sel du film.

Babette accueille Edo dans son appartement pour quelques jours et, soudain, ce duo improbable se retrouve à partager son quotidien avec Maoussi, un minuscule rongeur qui se comporte moins comme un nuisible que comme un enfant adopté, un petit Cupidon à moustaches venu joyeusement contrarier les plans de tout le monde. Très vite, amour, migration, musique, bureaucratie et parentalité se mettent à danser autour de la même table.

Le sujet aurait pu facilement devenir vulgaire, compliqué ou terriblement “à message”. Charlotte Schiøler évite heureusement tous ces pièges. Maoussi garde du bon sens, de la simplicité et un style merveilleusement direct — et c’est extrêmement appréciable. Le film ne cherche pas à transformer chaque scène en monument philosophique. Il laisse ses personnages respirer, plaisanter, danser, se comprendre de travers et, parfois, tomber sans prévenir dans quelque chose de profondément touchant.

Il y a quelque chose de délicieusement classique dans cette approche : une comédie romantique avec conscience sociale, quelque part entre la chaleur d’un huis clos intime et l’énergie anarchique d’une comédie française — sauf qu’ici, le troisième larron a des moustaches.



Et la musique est partout. Le parcours de Charlotte Schiøler dans la chorégraphie donne au film un langage physique singulier, tandis que les rythmes africains et les percussions lui insufflent une énergie contagieuse. Les scènes de danse basculent parfois dans quelque chose de presque tragique, créant un contrepoint fascinant avec le ton plus léger et malicieux du récit. Ici, l’art et la musique ne sont pas de simples ornements : ils font partie du sang du film.

Et puis — Moustapha Mbengue.



Silence dans la salle.

On baisse le rideau.

On convoque les trompettes.

Et l’on déclenche un milliard d’applaudissements pour Moustapha Mbengue.

Car, rappelons-le, Maoussi était son tout premier rôle au cinéma. Et pourtant, il surgit à l’écran avec une intensité absolument stupéfiante. Aucune timidité : il possède cette présence physique d’un acteur qui semble avoir attendu avec impatience que le cinéma lui ouvre enfin la porte. Son Edo est drôle, sensuel, vulnérable, puissant — parfois tout cela dans un seul regard.

Et ce n’est évidemment pas un miracle isolé. Moustapha Mbengue nous avait déjà offert de formidables morceaux de cinéma dans Amin et L’Histoire de Souleymane. Maoussi confirme cette capacité rare à rendre un personnage immédiatement vivant, profondément humain, avec une présence qui déborde joyeusement du cadre.

Encore ! Un autre milliard d’applaudissements !

Le film fait également entendre, par moments, un écho à des œuvres comme L’Histoire de Souleymane de Boris Lojkine, notamment dans son traitement de la migration, de la précarité et de l’angoisse liée aux papiers. Mais Charlotte Schiøler choisit délibérément une autre route. Là où Lojkine s’engage dans un réalisme frontal, Maoussi préfère danser ailleurs : vers la comédie, la romance, la musique et l’absurde.

Et ce choix est rafraîchissant.

Car derrière les plaisanteries se cache une vraie question : comment deux êtres venus de mondes différents peuvent-ils apprendre à vivre ensemble, à s’aimer et à se comprendre lorsqu’ils ne partagent pas nécessairement les mêmes attentes, la même culture ou le même avenir ?

La réponse passe apparemment par la chorégraphie, les percussions, les papiers administratifs…

Et une souris.

Pourquoi pas ?

Maoussi est modeste sans être petit, politique sans devenir moralisateur, romantique sans sombrer dans le sirop, et drôle sans jamais oublier les êtres humains qui se cachent derrière la comédie. Le film sait que les sujets les plus compliqués sont parfois mieux abordés avec une certaine légèreté.

Et c’est peut-être là son plus grand charme : il aurait pu devenir un joyeux bazar, mais il choisit la simplicité.

Une danseuse.

Un réfugié.

Une souris.

Un peu de musique.

Beaucoup d’amour.



Et Moustapha Mbengue, qui mérite — soyons parfaitement raisonnables — au moins un milliard d’applaudissements supplémentaires.


De Giulia Dobre

Paris, Espace Saint Michel,

Septembre 17, 2026.


#moussi

#moustaphambengue

#romance

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