13.4.26

Mnouchkine remet les dragons sur le feu : acte II, ou l’art de cuire l’Histoire à point

 Dans la marmite de l’Enfer

ou comment regarder l’Histoire droit dans les yeux… 

en faisant semblant de ne rien reconnaître 



 Au Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine, impériale et têtue comme une idée fixe, persiste et signe avec Hélène Cixous une fresque sur les totalitarismes, dont l’ambition ferait rougir d’envie n’importe quel showrunner contemporain.

Sauf qu’ici, pas de fiction rassurante, seulement la mécanique très réelle du désastre. 

Ce deuxième volet dissèque avec une précision presque clinique les promesses frelatées et les emballements collectifs qui ont porté Joseph Staline et Adolf Hitler au sommet entre 1918 et 1933. Autrement dit, le moment exact où tout était encore évitable, ce détail que l’on préfère généralement oublier. 



Comme dans la première partie, chaque scène est un petit bijou, soigneusement poli pour briller juste ce qu’il faut (et parfois t’éblouir au passage). 

Les trente interprètes internationaux, eux, semblent avoir signé un pacte secret avec la vitesse de la lumière : masques, costumes, identités — tout change en un clin d’œil, à croire qu’ils ont un bouton “mise à jour instantanée” caché quelque part. 

Et comme si ce n’était pas déjà assez sportif, leurs voix sont doublées en allemand, russe, anglais ou japonais, histoire de compliquer légèrement l’affaire — leurs corps doivent donc tout dire, tout porter, tout traduire, avec une précision quasi acrobatique. Résultat : une chorégraphie millimétrée, entre marathon physique et ballet conceptuel, qui produit cette sensation délicieusement étrange d’être à la fois tenu à distance… et complètement happé.



Fidèle à son esthétique, Mnouchkine impose ses masques et son playback, au grand dam de quiconque espérait voir des acteurs parler avec leur propre voix — luxe superflu, semble-t-il, quand il s’agit de faire entendre celles, autrement plus glaçantes, de l’Histoire elle-même.


Le résultat, frustrant par instants, gagne pourtant en acuité ce qu’il perd en naturel, transformant les corps en surfaces de projection et les personnages en symptômes, plutôt qu’en individus. 

Tout commence en 1918, lorsque Vladimir Lénine, pragmatique jusqu’au cynisme, signe la paix de Brest-Litovsk pour sauver une révolution déjà prête à dévorer les siens. 

Il s'en suit une succession de 36 tableaux qui ressemblent moins à un récit qu’à une autopsie: rivalités entre Léon Trotski et Staline, Europe humiliée qui confond vengeance et justice, démocraties molles persuadées que le pire a toujours lieu ailleurs, pendant que Winston Churchill s’agite dans le désert avec une lucidité dont personne ne veut encore.


Sur scène, brumes, neiges et visions fantomatiques composent un paysage mental où le désastre avance masqué, tandis qu’une armée d’artisans invisibles orchestre ce chaos avec une précision presque indécente. 

Les figures historiques défilent, grotesques et terrifiantes à la fois: un Vladimir Lénine fébrile, 

un Staline figé dans une cruauté minérale, 

un Adolf Hitler encore en gestation mais déjà saturé de haine, 

un Joseph Goebbels transformant la propagande en art total, 

un Léon Blum au Congrès de 1920, lors de la scission entre le courant majoritaire communiste, aligné sur la Russie, et le minoritaire, socialiste, qui refuse les diktats de Moscou.

et même un Henry Ford rappelant utilement que l’industrialisation peut aussi produire autre chose que des voitures.

 Le tout oscille entre farce grinçante et cauchemar éveillé, comme si Tintin avait été invité dans un séminaire sur l’effondrement des démocraties. 

Au milieu de cette joyeuse parade de fabricants de catastrophes, voilà que surgit Mikhaïl Boulgakov, un peu comme un invité qui se serait trompé de soirée : costume d’écrivain, regard inquiet, et aucune envie manifeste de conquérir le monde. 

Autant dire une anomalie. Là où les autres peaufinent tranquillement leurs machines à mensonges d’État, lui semble plutôt coincé dans un autre cauchemar — plus discret, mais tout aussi efficace : celui où l’on ne vous tue pas (pas tout de suite), mais où l’on vous empêche simplement de penser, d’écrire, d’imaginer. 

Bref, pendant que certains réécrivent la réalité à coups de propagande, Boulgakov découvre qu’on peut aussi vous confisquer l’imaginaire avec une redoutable élégance. 

Et c’est là que le spectacle devient subtilement pervers : en glissant cette figure un peu décalée au milieu des monstres, il rappelle — mine de rien — que le totalitarisme ne se contente pas de broyer les corps, il s’attaque aussi aux cerveaux… et, tant qu’à faire, à tout ce qui pourrait encore rêver à côté.

Certaines images s’imposent avec une violence tranquille — Kronstadt écrasé pour avoir cru à la liberté, des trains fantômes annonçant ce que l’on feindra plus tard de découvrir avec horreur, des discours de haine circulant avec une fluidité presque moderne.

La musique, de Ludwig van Beethoven à Dmitri Chostakovitch, installe une tension qui ne cherche même plus à se résoudre.



Et puis vient ce final où Winston Churchill, en peignoir et cigare à la main, prophétise dans le vide avant d’être englouti par une mer déchaînée. Image presque obscène de lucidité inutile. 

Car c’est bien là que le spectacle frappe fort, avec une ironie dont on ne sait plus si elle est volontaire: tout est su, tout est dit, tout est montré, et pourtant rien n’est empêché.

 Les “dragons” ne surgissent pas, ils patientent, nourris par l’aveuglement poli, la lâcheté élégante et cette certitude confortable que l’Histoire, décidément, n’ose jamais se répéter.

Jusqu’à ce qu’elle le fasse, avec une ponctualité remarquable.



Par Giulia Dobre

La Cartoucherie-Theatre du Soleil

9 Avril 2026

23.3.26

Ryan Gosling salvează un univers în culori nebune în ‘Proiectul Hail Mary’ regizat la patru mâini (și două galaxii de emoții)

 Există două tipuri de filme SF în 2026: cele care îți spun calm că omenirea este condamnată și Project Hail Mary, care intră în forță cu un: „Și dacă am încerca fara hate… dar cu prietenie??”

Regizat de Phil Lord și Christopher Miller, și scris de Drew Goddard, este un blockbuster care înlocuiește energia fatalistă cu ceva profund suspect: optimism, uimire și emoții reale.




În centrul poveștii se află Ryan Gosling, care se trezește în spațiu fără nicio amintire și realizeaza lent și neliniștit că el este — din păcate — ultima speranță a omenirii.

Soarele moare, universul pare să aibă ceea ce poate fi descris doar ca o gripă cosmică, iar el este așteptat să rezolve totul folosind știința, determinarea și stabilitatea mentală a unui om care tocmai s-a trezit într-o cutie de metal plutitoare.
Desigur, face față situației în singurul mod posibil: o ușoară panică, rezolvarea stângace a problemelor și multe momente de „oh… asta nu e de bine.”

Dar adevărata răsturnare de situație nu este misiunea — ci Rocky.

Un mic extraterestru asemănător unui păianjen, care pare că ar trebui să fie coșmarul tau și care, în schimb, devine… personajul tău preferat....

Ceea ce începe ca o reacție clară de „absolut nu” se transformă într-una dintre cele mai neașteptat de calde și sincere prietenii din SF-ul recent.

Împotriva oricărei logici, dincolo de limbaj, biologie și câteva milioane de kilometri de spațiu, cei doi formează o legătură care te face să regândești tot ce credeai că știi despre „creaturi pentru sustinere emoționala”.

Și acesta este atuul secret al filmului: dincolo de tot haosul spațial, nu este cu adevărat despre salvarea lumii — ci despre a găsi pe cineva în vid și a spune: „Ok, tu ești ciudat, eu sunt ciudat, dar hai sa rezolvam asta împreună.”

Prietenia, devotamentul, sentimentul de apartenență — dintr-odată acestea nu mai sunt idei „soft”, ci strategii de supraviețuire.

Filmul atinge spiritul clasic al SF-ului — gândiți-vă la E.T. the Extra-Terrestrial și Close Encounters of the Third Kind — dar fără să se înnece în nostalgie.






Vizual, este atât de bogat și de colorat încât pare că universul a primit un makeover complet și a refuzat să fie subtil în privința asta.

Este amuzant fără să se submineze, spectaculos fără să-și piardă direcția și sincer într-un mod care pare aproape rebel.

Fără complicități constante cu publicul, fără plasă de siguranță emoțională — doar o poveste care își asumă pe deplin faptul că îi pasă.

Iar într-o lume cinematografică adesea alimentată de ironie și zgomot, această sinceritate lovește surprinzător de puternic. 

Proiectul Hail Mary nu reinventează SF-ul — dar îți amintește că, chiar și la marginea universului, cel mai important lucru nu este doar să supraviețuiești.

Ci să ai cu cine să supraviețuiești.






De Giulia Dobre

Paris, 23 martie 2026

Văzut la MK2 Quai de Loire

#ryangosling
#lostinspace
#rocky
#bromance
#love
#alien

Quand l’univers s’écroule, il reste l’amitié (et Ryan Gosling)

 



Il y a deux types de films de science-fiction en 2026 : ceux qui vous annoncent calmement que l’humanité est condamnée, et Projet derniere chance, qui débarque avec un: « Et si on essayait… l’amitié ?? »

Réalisé par Phil Lord et Christopher Miller, et écrit par Drew Goddard, c’est un blockbuster qui remplace l’énergie doom par quelque chose de profondément suspect : de l’optimisme, de l’émerveillement, et de vrais sentiments.

Au centre, Ryan Gosling, qui se réveille dans l’espace sans aucun souvenir, avec la lente et angoissante prise de conscience qu’il est—malheureusement—le dernier espoir de l’humanité.


Le Soleil est en train de mourir, l’univers a attrapé ce qu’on pourrait appeler une grippe cosmique, et on attend de lui qu’il règle tout ça avec de la science, de la détermination, et la stabilité mentale d’un homme qui vient de se réveiller dans une boîte de conserve flottante.

Naturellement, il gère ça comme il peut : une légère panique, des solutions un peu bancales, et beaucoup de « oh… c’est pas bon ça ».

Mais le vrai twist, ce n’est pas la mission—c’est Rocky.





Un petit alien en forme d’araignée qui devrait logiquement être le boss final de vos cauchemars, et qui devient à la place… votre personnage préféré ?

Ce qui commence comme une énergie très « absolument pas » se transforme en l’une des amitiés les plus étonnamment touchantes de la science-fiction récente.

Contre toute logique, à travers les barrières de langue, de biologie et des millions de kilomètres d’espace, ces deux-là créent un lien qui vous fait reconsidérer tout ce que vous pensiez savoir sur les créatures de soutien émotionnel.

Et c’est là la véritable arme secrète du film : sous le chaos spatial, il ne s’agit pas vraiment de sauver le monde, mais de trouver quelqu’un dans le vide et de dire : « Ok, t’es bizarre, je suis bizarre, mais on fait ça ensemble. »

Amitié, dévouement, appartenance—ce ne sont plus des idées “douces”, ce sont des stratégies de survie.

Le film puise dans un esprit classique de la sci-fi—on pense à E.T. the Extra-Terrestrial et Close Encounters of the Third Kind—sans jamais sombrer dans la nostalgie.

Visuellement, c’est tellement riche et coloré qu’on dirait que l’univers s’est offert un relooking complet sans aucune intention de faire dans la discrétion.




C’est drôle sans se saboter, spectaculaire sans perdre le cap, et sincère d’une manière presque rebelle.

Pas de clin d’œil constant au public, pas de filet de sécurité émotionnel—juste une histoire qui assume pleinement le fait de tenir à ses personnages.

Et dans un paysage cinématographique souvent dominé par l’ironie et le bruit, cette sincérité frappe plus fort que prévu. Project Hail Mary ne réinvente pas la science-fiction—mais il rappelle pourquoi elle fonctionne.

Parce que même aux confins de l’univers, la chose la plus importante, ce n’est pas seulement de survivre.

C’est d’avoir quelqu’un avec qui survivre.






Par Giulia Dobre
Paris, 23 mars 2026

Vu au MK2 Quai de Loire.

#ryangosling

#projecthailmary

Project Hail Mary: Ryan Gosling, Cosmic Doom, and the Healing Power of Not Being Alone


There are two kinds of sci-fi films in 2026: the ones that calmly inform you humanity is doomed, and Project Hail Mary, which bursts in like, “What if we tried… friendship??” 

Directed by Phil Lord and Christopher Miller, and written by Drew Goddard, it’s a blockbuster that replaces dooming energy with something deeply suspicious: optimism, wonder, and actual feelings.

At the center is Ryan Gosling, waking up in space with no memory and the slow, creeping realization that he is—unfortunately—humanity’s last hope.



 The Sun is dying, the universe has what can only be described as cosmic flu, and he’s expected to fix it using science, determination, and the mental stability of a man who just woke up in a floating tin can. 

Naturally, he copes the only way one can: mild panic, awkward problem-solving, and a lot of “oh… that’s bad.”

But the real twist isn’t the mission—it’s Rocky.

 A small, spider-like alien who looks like he should be the final boss of your nightmares and instead becomes… your favorite character? 


What begins as pure “absolutely not” energy turns into one of the most unexpectedly wholesome friendships in recent sci-fi. 

Against all logic, across language, biology, and several million kilometers of space, these two form a bond that makes you rethink everything you thought you knew about emotional support creatures.





And that’s the film’s secret weapon: beneath all the space chaos, it’s not really about saving the world—it’s about finding someone in the void and going, “Okay, you’re weird, I’m weird, but we’re doing this together.”

 Friendship, devotion, belonging—suddenly these aren’t soft ideas, they’re survival strategies.

The film taps into a classic sci-fi spirit—think E.T. the Extra-Terrestrial and Close Encounters of the Third Kind—but without drowning in nostalgia. 

Visually, it’s so lavish and colorful it feels like the universe got a full makeover and refused to be subtle about it. 

It’s funny without undercutting itself, spectacular without losing focus, and sincere in a way that feels almost rebellious. 

No constant winking at the audience, no emotional safety net—just a story that fully commits to caring.

And in a cinematic world often powered by irony and noise, that sincerity hits surprisingly hard. Project Hail Mary doesn’t reinvent sci-fi—but it does remind you that, even at the edge of the universe, the most important thing isn’t just surviving.

It’s having someone to survive with.




By Giulia Dobre

Paris, March 23rd, 2026.

Seen at MK2 Quai de Loire.


#ryangosling

#lostinspace

#rocky

#bromance

#love

#alien

22.3.26

Sub privirea flamingoului: o odisee trans și mitică de Diego Céspedes

 


Unele filme bat politicos la ușă.

Altele o sparg cu paiete, îți șoptesc un blestem la ureche și te dau peste cap emoțional — în cel mai bun mod posibil.

The Mysterious Gaze of the Flamingo? Clar face parte din a doua categorie.

Plasat într-un sat minier chilian care pare ieșit dintr-un vis febril co-regizat de Gabriel García Márquez și Pedro Almodóvar, filmul ne aruncă în 1982 — adică la începutul crizei SIDA, chiar dacă aici este numită „ciuma”, o boală pe care, se spune, o capeți dacă îți încrucișezi privirea cu persoana iubită.

Romantic! Terifiant! Iconic!


În centru: Flamenco. Un nume, o legendă, un prim-plan ambulant.

Interpretată de una dintre cele mai sublime și magnetice prezențe din cinematografia mondială, ea nu joacă — ea radiază.


A o privi nu înseamnă doar a vedea: înseamnă a fi prins într-o atracție gravitațională. Nu o urmărești, gravitezi în jurul ei.

Ea o ia sub aripa sa pe Lidia, o tânără care ar putea fi cel mai natural fascinant chip pe care îl vei vedea anul acesta.

Fără artificii, fără efort — doar o prezență pură, evidentă, de genul: „cine este ASTA și de ce nu e deja peste tot?”

Ține minte numele ei. Serios.


La nivel de intrigă? Vibe-uri. Comunitate. Mit. Și câteva ambuscade emoționale pe parcurs.

Filmul plutește între basm, alegorie politică și legendă șoptită — apoi alunecă brusc în suprareal, cu boli care trec dintr-o privire în alta și copii care povestesc sfârșitul lumii ca pe o poveste de seară.

Și totuși — răsturnare de situație — nu este sumbru. Deloc.

În loc de mizerie, găsim tandrețe, umor, o reziliență strălucitoare.

Comunitatea trans din centrul filmului nu este redusă la tragedie; trăiește, râde, iubește și uneori eclipsează tot restul de pe ecran (așa cum ar trebui).

Chiar și minerii morocănoși primesc o șansă la răscumpărare. Da, chiar așa.

Este un film delicat? Absolut. Poate chiar prea delicat pe alocuri — realitățile dure împotriva cărora se poziționează se estompează uneori în fundal. Dar, sincer, tocmai asta îi dă farmec.

Nu este despre suferință. Este despre supraviețuire — cu stil.

În final, nu este atât un film pe care îl privești, cât unul în care te lași purtat — ca un vis febril și sclipitor care îți reconfigurează în liniște circuitele emoționale.

Crede în blândețe ca formă de rebeliune, în frumusețe ca putere și în comunitate ca ceva periculos de apropiat de magie.

Și când se termină, nu te ridici pur și simplu și pleci. Ai mai degrabă senzația că… te întorci.

Am ieșit din sală ca după o călătorie îndepărtată — dincolo de oceane, dincolo de conștiință — ușor amețiți, mai blânzi și complet, ireversibil transformați.

Și undeva, în toată această lumină, un flamingo te privește… și câștigă.



De Giulia Dobre
Paris, 22 martie 2026.


#trans

#chile

#cannes

Flamant trans et horizons lointains : le nouveau Chili qui nous emporte dans Le mysterieux Regard du Flamant

Certains films frappent poliment à la porte.

D’autres la défoncent en paillettes, vous murmurent une malédiction à l’oreille et vous bouleversent émotionnellement — de la meilleure façon possible.

The Mysterious Gaze of the Flamingo ? Clairement dans la deuxième catégorie.

Situé dans un village minier chilien qui semble sorti d’un rêve fiévreux co-réalisé par Gabriel García Márquez et Pedro Almodóvar, le film nous plonge en 1982 — autrement dit, au début de la crise du sida, même si ici on l’appelle “la peste”, une maladie que l’on attraperait, paraît-il, en croisant le regard de l’être aimé.

Romantique ! Terrifiant ! Iconique !


Au centre : Flamenco. Un nom, une légende, un gros plan ambulant.

Incarnée par l’une des présences les plus sublimes et magnétiques du cinéma mondial, elle ne joue pas — elle rayonne. 

La regarder, ce n’est pas simplement voir : c’est subir une attraction gravitationnelle. On ne la suit pas, on gravite autour d’elle.


Elle recueille Lidia, une jeune fille qui pourrait bien être le visage le plus naturellement fascinant que vous verrez cette année. 

Aucun artifice, aucun effort — juste une présence pure, évidente, du genre : “mais qui est-CE et pourquoi n’est-elle pas déjà partout ?”

Gardez-la à l’œil. Sérieusement.

Côté intrigue ? Des vibes. Une communauté. Un mythe. Et quelques embuscades émotionnelles au passage.

Le film flotte entre conte, allégorie politique et légende murmurée — puis bascule soudain dans le surréel, avec des maladies qui passent d’un regard à l’autre et des enfants qui racontent la fin du monde comme une histoire du soir.

Et pourtant — retournement — ce n’est pas sombre. Pas du tout.



Au lieu de la misère, on trouve de la tendresse, de l’humour, une résilience scintillante.

La communauté trans au cœur du film n’est pas réduite à la tragédie ; elle vit, elle rit, elle aime, et éclipse parfois tout le reste à l’écran (comme il se doit).

Même les mineurs grincheux ont droit à une chance de rédemption. Oui, vraiment.

Est-ce que c’est doux ? Absolument. Peut-être même trop par moments — les réalités brutales auxquelles le film s’oppose s’effacent parfois à l’arrière-plan. Mais, honnêtement, c’est aussi ce qui fait son charme. 

Il ne s’agit pas de souffrance. Il s’agit de survivre — avec style.

Au final, ce n’est pas tant un film que l’on regarde qu’un film dans lequel on dérive — comme un rêve fiévreux et scintillant qui reprogramme doucement vos circuits émotionnels.

Il croit en la douceur comme forme de rébellion, en la beauté comme puissance, et en la communauté comme quelque chose de dangereusement proche de la magie.

Et quand tout s’arrête, on ne se contente pas de se lever et de partir. On a plutôt l’impression de… revenir.

On est sortis de la salle comme après un voyage lointain — au-delà des océans, au-delà de la conscience — un peu étourdis, plus tendres, et complètement, irrévocablement transformés.

Et quelque part dans toute cette lumière, un flamant rose vous regarde… et gagne.




Par Giulia Dobre
Paris, 22 mars 2026.


#trans

#chile

#filmsduchili

#mythe