Certains films frappent poliment à la porte.
D’autres la défoncent en paillettes, vous murmurent une malédiction à l’oreille et vous bouleversent émotionnellement — de la meilleure façon possible.
The Mysterious Gaze of the Flamingo ? Clairement dans la deuxième catégorie.
Situé dans un village minier chilien qui semble sorti d’un rêve fiévreux co-réalisé par Gabriel García Márquez et Pedro Almodóvar, le film nous plonge en 1982 — autrement dit, au début de la crise du sida, même si ici on l’appelle “la peste”, une maladie que l’on attraperait, paraît-il, en croisant le regard de l’être aimé.
Romantique ! Terrifiant ! Iconique !
Au centre : Flamenco. Un nom, une légende, un gros plan ambulant.
Incarnée par l’une des présences les plus sublimes et magnétiques du cinéma mondial, elle ne joue pas — elle rayonne.
La regarder, ce n’est pas simplement voir : c’est subir une attraction gravitationnelle. On ne la suit pas, on gravite autour d’elle.
Elle recueille Lidia, une jeune fille qui pourrait bien être le visage le plus naturellement fascinant que vous verrez cette année.
Aucun artifice, aucun effort — juste une présence pure, évidente, du genre : “mais qui est-CE et pourquoi n’est-elle pas déjà partout ?”
Gardez-la à l’œil. Sérieusement.
Côté intrigue ? Des vibes. Une communauté. Un mythe. Et quelques embuscades émotionnelles au passage.
Le film flotte entre conte, allégorie politique et légende murmurée — puis bascule soudain dans le surréel, avec des maladies qui passent d’un regard à l’autre et des enfants qui racontent la fin du monde comme une histoire du soir.
Et pourtant — retournement — ce n’est pas sombre. Pas du tout.
Au lieu de la misère, on trouve de la tendresse, de l’humour, une résilience scintillante.
La communauté trans au cœur du film n’est pas réduite à la tragédie ; elle vit, elle rit, elle aime, et éclipse parfois tout le reste à l’écran (comme il se doit).
Même les mineurs grincheux ont droit à une chance de rédemption. Oui, vraiment.
Est-ce que c’est doux ? Absolument. Peut-être même trop par moments — les réalités brutales auxquelles le film s’oppose s’effacent parfois à l’arrière-plan. Mais, honnêtement, c’est aussi ce qui fait son charme.
Il ne s’agit pas de souffrance. Il s’agit de survivre — avec style.
Au final, ce n’est pas tant un film que l’on regarde qu’un film dans lequel on dérive — comme un rêve fiévreux et scintillant qui reprogramme doucement vos circuits émotionnels.
Il croit en la douceur comme forme de rébellion, en la beauté comme puissance, et en la communauté comme quelque chose de dangereusement proche de la magie.
Et quand tout s’arrête, on ne se contente pas de se lever et de partir. On a plutôt l’impression de… revenir.
On est sortis de la salle comme après un voyage lointain — au-delà des océans, au-delà de la conscience — un peu étourdis, plus tendres, et complètement, irrévocablement transformés.
Et quelque part dans toute cette lumière, un flamant rose vous regarde… et gagne.
Par Giulia Dobre
Paris, 22 mars 2026.
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