2.2.26

Le retour du projectionniste : sauver le cinéma, une bobine à la fois

 « Le retour du projectionniste » : quand Cinema Paradiso rencontre TikTok dans un village perdu



Si vous vous êtes déjà demandé d’où vient la vraie magie du cinéma — celle qui sent la poussière, la bobine chaude et les rêves trop grands — alors Le retour du projectionniste est fait pour vous. Imaginez un croisement improbable entre Cinema Paradiso, Le Fils de Saul (pour la gravité), et une pointe de Billy Elliot version projecteur rouillé. Oui, ça existe.

Son réalisateur, Orkhan Aghazadeh, a étudié à Londres avant de faire comme dans les meilleurs films initiatiques : rentrer au pays. 

Direction une région reculée à la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Iran, là où le cinéma n’est plus qu’un souvenir flou, un peu comme un VHS mal rembobiné depuis 30 ans.





Au centre du film : un projectionniste à l’ancienne, héros discret digne d’un personnage de Kaurismäki, qui tente de ressusciter le cinéma du village. 

À ses côtés, un ado pour qui un « film », c’est un truc qu’on regarde verticalement sur un smartphone, écouteurs vissés dans les oreilles. 

Collision des mondes garantie.

Documentaire ? Fiction ? Oui.

Officiellement, Le retour du projectionniste est un documentaire. Officieusement… c’est le genre de film qui seme la confusion partout où il est passe. 

Certains parlent de fiction, d’autres de docu, d’autres encore de « film hybride » — ce mot qu’on utilise quand on abandonne toute tentative de classification. 

En gros, on est quelque part entre Nomadland, Close-Up de Kiarostami et un conte réaliste parfaitement huilé.

Les images du chef opérateur Daniel Guliyev, récompensé par le Prix allemand de la caméra, sont si belles qu’on s’attend presque à voir apparaître un générique de fin façon A24. Chaque plan pourrait être accroché dans un musée ou servir de fond d’écran arty.
Et la narration ? Une structure en actes bien sages, des rebondissements trop élégants pour être honnêtes… On ne sait jamais si Aghazadeh documente la réalité ou s’il lui met un léger coup de polish. Mais franchement ? On s’en fiche. C’est précisément là que le film devient magique.

Un duo qui fonctionne comme De Niro et un gamin dans les années 90

Le vrai cœur du film, celui qui vous attrape par la veste, c’est la relation entre Samid et Ayaz.
D’un côté, un vieil homme brisé par la mort de son fils, qui pourrait sortir tout droit d’un film iranien ultra-sobre. De l’autre, un adolescent exaspéré par sa famille, un peu paumé, un peu insolent — bref, un ado universel.

Ensemble, ils forment un duo aussi attachant qu’improbable, quelque part entre Gran Torino, Karate Kid et Cinema Paradiso, version projecteur manuel. Ils collaborent, se disputent, se réconcilient, se comprennent mal, puis mieux. Ils se transmettent quelque chose d’invisible mais d’essentiel : le goût du cinéma comme moteur de vie.

Voir leur passion s’allumer mutuellement, c’est comme assister à la naissance d’un feu de camp dans la nuit. Et quand, à la toute fin, la projection tant attendue a enfin lieu — oui, elle a lieu — et que les visages des spectateurs s’illuminent… on sourit bêtement, comme devant la dernière scène de Cinema Paradiso. Impossible de résister.

Conclusion : un film qui prouve que le cinéma n’est jamais mort

Le retour du projectionniste est le premier long métrage d’Orkhan Aghazadeh, et c’est déjà une déclaration d’amour au cinéma plus sincère que bien des discours nostalgiques. Dans une région frontalière oubliée des cartes, un vieil homme et un jeune garçon tentent de ranimer une salle obscure — et, accessoirement, notre foi dans le pouvoir des images.




Officiellement documentaire, secrètement conte, ouvertement magique, le film est magnifiquement photographié, narrativement millimétré et émotionnellement redoutable.
Un rappel simple et puissant : même à l’ère des écrans de poche et du scroll infini, le cinéma peut encore allumer des étoiles — même dans les coins les plus reculés du monde.

Giulia Dobre, Paris, Janvier 2026.

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